Par R.F Djalila
La météo algérienne annonce des périodes de canicule. Prise de panique, non pas à cause de cette nouvelle lue dans la presse algérienne, mais par une autre qui a fait éruption au fond de moi-même. Dès lors, ma tête s’échauffe et mon cœur bouillonne. La nouvelle concerne plusieurs familles algériennes qui ont été mis à la rue en plein mois du Ramadhan, mois de la « Rahma » indulgence, de la « Maghfira » le pardon , du « Takafoul » la solidarité et surtout de la « Tawba » repentir. Si vous ne me croyez pas, survolez la presse et vous verrez vous-mêmes que des familles entières se sont faites expulser de leurs maisons qu’elles habitaient depuis plus d’un demi-siècle.
Ah ! oui. Vous m’excuserez mon lecteur préféré. Il y’a des gens qui ne savent pas encore ce qu’est le ramadhan. Ainsi, je me dois de le redéfinir puisque la plupart le considère comme mois de soif et de faim, alors qu’il est le mois que Dieu préfère à mille mois. Un mois où Il nous a livré à nous-mêmes en ferrant les « Djinns » et les « Chayatins ». Pas d’excuses, tout viendra de nous-mêmes en cette période.
Qui ne connait pas ce qu’est ramadhan ? Vous allez rétorquer : « Mais, personne !» , alors que personne ne le connais vraiment.. Je ne parle pas ici des « Oumiyins » illettrés qui ne connaissent pas la définition littéraire du Jeûne, qui ne savent pas déchiffrer les mots et qui n’ont donc pas pu lire les gros livres de la Charia qui pourtant ornent leurs bibliothèques. Je ne parle pas ici des « Oumiyins » qui ne connaissent rien à l’internet et qui ne l’ont pas dans leur cuisine –comme moi- qui ne comprennent pas les rouages religieux concernant le Jeûne. Ceux là le connaissent par instinct et par éducation naturellement socialisante et savent mieux que nous, intellects, ce qu’est le Jeûne..
Je me rappelle ma grand-mère me poussant très jeune à jeûner, me faisant apprendre par cœur tout un manuel d’éthique, à suivre à la lettre, pour que le Jeûne soit accepté par Dieu : ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas faire. Nos grands-parents, certes, n’ont pas eu l’occasion de lire mais ils ont tété le savoir.
Si elle m’entendais trop jaser pendant le ramadhan, grand-mère me tirait par les oreilles en me disant :« Ne gaspille pas ton « Ajr » , ta récompense du jour. En parlant trop, tu risquerais de mentir ou de déformer la réalité.. Elargis ton cœur ma petite fille et pousse le à pardonner aux personnes qui te font du mal et à être indulgent. La tolérance est un trésor à qui sait en profiter. Agit avec autrui par la « Niyya hassana» car la bonne intention triomphe toujours même après milles ans » .
Voila, les paroles de quelqu’un qui ne sait pas faire la différance entre un « a » et un « b » mais qui sait faire la différence entre le mal et le bien.
Alors qu’a été la « niyya » de ceux qui ont expulsé nos familles et, sans scrupules, sont allés même à mettre à la porte une vielle dame âgée de 104 ans en la jetant à la rue à Souk-Ahras ? Qu’est ce que cette femme a pu dire lorsqu’elle s’est retrouvée sans toit (si elle est encore en vie) ? Que pouvait-elle crier alors que, peut être, ce mois sacré est le dernier qu’elle passera durant sa longue vie. Durant le renvoi, elle a sûrement marmotté dans son for intérieur, les yeux en flamme et pleurs, le cœur en douleur et drame : « Mon bled m’a jeté dans la rue alors que mes enfants l’ont délivré de l’esclavage des colons ». El hchouma si une vielle dame dit cela et meurt.
Une autre scène d’un enfant de cinq ans voyant son père pleurer après l’expulsion lui dit :«Père, ne pleure pas , lorsque je serais plus grand, je me vengerais.» Alors monsieur Haddar qui a tant parlé de l’intolérance comme résultante du programme de l’enseignement professé dans nos écoles, je vous invite à méditer sur cette parole et cette scène pour me dire à la fin de votre conclusion d’où nait l’intolérance et d’où vient le terrorisme et dans quelles circonstances il se développe et grandit pour dévorer la société. Un enfant de cinq ans vous donnera une leçon alors qu’il ne sait pas encore faire la différence entre une lettre et un chiffe. Par ailleurs, ce petit ange sait que l’injustice est intolérable et doit être « vengée ». Son entourage le lui apprend. Ce petit, si non repêché , risquerait de devenir un « Emir de katiba » et fera payer le prix fort à tout ceux qu’il croisera en tenue de force de l’ordre convaincu que c’est eux qui ont mis sa mère, son père et ses frères et sœurs dehors , les livrant à eux-mêmes humiliés et piétinés.
Où est l’Etat pour protéger la société de cet enfant et non l’enfant de la société comme il est coutumes de faire ? Où sont les psychologues, mes confrères, pour prendre en charge ce cas et bien d’autres similaires? Marginalisés dans leur intégration dans des milieux, loin de leur spécialité, au lieu de créer des postes budgétaires pour eux dans chaque entreprise et chaque établissement. Là où l’être humain a besoin d’être soutenu pour mener à bien ses tâches et activités.
Où est l’Etat devant des milliers d’enfants nés sous x qui ne savent plus quoi faire devant une société qui les regarde comme des hors la loi alors qu’ils n’ont aucune part de responsabilité quant à leur venue au monde ? . Ces enfants qui en grandissant et en prenant de la force font tout pour se faire un nom « bel bessif » contre la société. Ils forcent dès lors l’entourage à les appeler « Emir Mousaab » au lieu de « Emir Abdelkader ».
Où est Ould Abbès, mon médecin d’enfance, qui m’auscultait avec tant de tendresse et qui me rassurait de mon état de santé, moi qui souffrait de migraines répétées ? Où est votre tendresse monsieur le Ministre devant les désarrois de ces pauvres gens auxquels vous avez promis un logement « réparateur de dégât » mais au moins un toit qui les laissera prendre leur « hrira » sans que les voisins se penchent sur leurs bols pour voir si s »ils en prennent une ou de la « chorba ».
On dirait que le mois de ramadhan est devenu mois de châtiment. Mois où flambent tout les prix sauf ceux du pétrole. Mois où les «hors la loi» ceux qui sont incarcérés bénéficient de la « Rahma » de la présidence qui les relâche. Ainsi, rejoignant ceux qui sont déjà sur le terrain du banditisme trouvent un métier au souk, comme voleurs de couffins déjà minables de part ce qu’ils contiennent, couffin du pauvre citoyen algérien. Vous avez raison monsieur le Ministre, il n’a ya pas de pauvreté en Algérie comme vous l’avez si bien crié, il n’ya que de pauvres algériens qui ne croient plus à rien mais continuent d’avoir foi en Dieu en répétant à longueur de journée (en réponse au comment ça va) : « Alhamdoulilah pour tout essaha berk».
« Le ramadhan a perdu sont goût » me fait remarquer une femme âgée que j’ai croisé dans un arrêt de bus.. Elle avait raison. Avec le goût de la « Chamia » les « Ktayif » se mélange le goût de l’amertume: Comment finir le mois? La bourse ménagère presque à sec avec la rentrée scolaire 2009..
C’est en ce mois de soumission à Dieu et de « Ibada » que les villes deviennent le matin des théâtres ouverts aux «guerres civiles ». L’agressivité au nom de « rani mramden » devient tolérable surtout une demie heure avant le « Adhan » et les soirs se transforment en théâtres de « Shtih w Rdih » pour faire entrer un peu d’argent, ne se préoccupant ni du temps du citoyen, ni du contenu de ce que ce dernier pourrait entendre en famille .. les villes paraissent jouir à travers les fêtes ramadhanesques et il m’arrive souvent de me demander : « Mais quand-t-est-ce que ces gens là, ceux qui fêtent, comprendront que le ramadhan n’est pas fait pour danser et chanter mais pour prier et implorer Dieu de nous pardonner nos péchés des onze derniers mois ?.
C’est en ce mois de «Taqwa » que les pilleurs s’accroissent en même temps que les mendiants..
C’est en mois de « Maghfira » que les voisins se disputent le plus et que les enfants ne communiquent presque plus avec leurs parents : La mère à la cuisine toute la journée entrain d’essayer de nouvelles recettes, le père qu’il ne faut point déranger parce qu’il est « Sayem» ..le grand frère qui a passé une nuit blanche avec le zap zap T.V et la grande sœur qui, après avoir lavé sa vaisselle a pris son portable et communique les « derniers infos » à x et y sans « Hachma wella hyya » .. eh oui ! Une réalité qui sonne dure dans mon oreille et qui me met hors de moi tant je vois notre jeunesse dans la « Hdoura » sans freins, ni sonnette d’alarme.
C’est en ce mois de « Ikhlass lillah » que les ennemis doivent faire des efforts pour devenir amis et que les amis en désaccords doivent rebaptiser la confiance perdue et transformer le malentendu en un pacte divin, une alliance à vie sous le seul slogan, le seul laissez-passer pour le paradis, l’amour en Dieu.. Oui, « El houb fi Allah » dépasse toute forme d’amour, du banal au plus fou..
C’est en ce mois de méditation et de « Hikma » qu’il faut savoir que la vengeance est un plat qui se mange n’ont pas froid mais glacé à faire grincer les dents. Que l’incompréhension, le rejet de l’autre, le mépris, l’injustice, la diffamation et les peaux de bananes –qui coûtent chères en plus- sont des graines qui se plantent seules, qui grandissent vite et qui donnent leurs fruits en moins d’une minute, favorisées par la parole : mots jetés à autrui en manquant de recul sur les questions et en déversant une pluie de « Chtim » avec une rage dont la victime peut être épargnée.
Alors messieurs les dirigeants de notre cher bled ! Avant de signer un « papier » d’un citoyen pour le foutre à la porte , roulez votre main sept fois en pensant que pendant le ramadhan, la voie entre la voix de l’Homme et « l’oreille » de son Créateur est ouverte, autoroute sans péage.
Que Dieu nous pardonne et nous donne la force « li taslihi el aghlat » pour épargner l’Algérie la naissance d’un nouveau terroriste qui n’a aujourd’hui que cinq ans.