Par R.F. Djalila
Ecris le: 18.07.2009
Disjoncté, cinglé, fou, aliéné, "mahboul", "mrid men akleh" Ce sont tous des mots que je ne peux utiliser par respect à ma profession de psychologue. Nos enseignants nous ont appris bien d'autres mots à la place, comme , schizophrène, dépressif, paranoïaque, érotomane , xénophobe, maniaco-dépressif et pleins d'autres appellations encore plus difficiles à retenir comme mégalomaniaque , pyromane , arachnophobe etc..
Un jour, alors que je discutais avec un collègue à moi, une question bizarre m'est "tombée" sur la tête. Pour pouvoir la poser, il me fallait beaucoup du courage et m'attendre aussi à tout car mon collègue était psychologue comme moi. Fatiguée par la réflexion, j'ai osé lui jeter au visage la phrase suivante: "Prouve-moi que tu n'es pas fou". Ebahit, il rétorqua : "Mais je n'ai rien à prouver! C'est à toi de voir si je le suis ou non".. Drôle de réponse, me suis-je dit, mais l'unique qui semblait être acceptable.
En quittant mon bureau, la question était toujours dans ma tête, omniprésente, comme une idée obsessionnelle. Cela m'a fait rappeler, en faite, que j'avais posé une question aussi bizarre que celle ci à l'un de nos professeurs de la faculté. C'était la première question que j'ai osé poser au premier cours auquel j'ai assisté à la fac. Je me suis levée en plein cours au milieu de l'amphithéâtre qui comptait plus de trois cent étudiants et étudiantes en criant pour me faire entendre: "Docteur! Peut-on être psychologue sans être psychologue?".
Notre professeur, un homme d'un certain âge me sourit, posant un regard profond et aimable sur mon visage, scrutant l'étudiante en première année qui, parmi tant d'autres présents a osé parler en plein cours.
J'ai pu voir, à travers son regard ferme et perspicace, qu'il m'avait bien, même très bien compris. Alors, il me répondit : "Oui et non mademoiselle. OUI parce qu'il faut avoir un don pour être psychologue, quelque chose d'inné, quelque chose comme le flair, l'observation, l'empathie, la bonté du coeur, le don de soi, l'indulgence, la sagesse en somme, c'est elle qui enveloppe la personnalité d'un bon psy.. Et NON, parce que cela ne suffit pas. Il faut acquérir des techniques de base, avoir des outils pour l'investigation scientifique, connaître les notions, les appellations et toute une panoplie de type de thérapie pour pouvoir être efficace. Sinon, nous psychologues, sans technique nous ne serions que quelques charlatans de plus, des médiums, des "hors la loi" et nous passerions pour des fous dans la société ".
A ce moment là, je souris, marquant ma satisfaction parce que ma première question à la fac a été répondue et qu'elle fut une question de base sur laquelle je pouvais m'appuyer pour oser des questions encore plus difficiles voire plus délicates, jusqu'à ce jour, où j'ai fait cette demande "folle".. Mais, prouves-moi que tu n'es pas fou!. Genre de question posée à l'envers : "Ne serais-tu pas fou par hasard? Prouve-le moi sinon !".
Je pouvais poser la question autrement aussi : "Prouve-moi que tu es sage". Alors la réponse aurait été facile, genre :"Je prends généralement de bonnes décisions dans ma vie" ou " J'ai pu faire de l'argent sans recourir à la "Rachoua", au trafic ou au vol. Je sais comment mener ma vie avec ma famille, mes enfants, mes amis (es) et même avec les gens que je ne connais pas". Toutes ces réponses là sont faciles voire banales. Elles reflètent effectivement une partie de la sagesse humaine. Mais là n'est pas la véritable demande. Ce dont j'avais besoin c'est une réflexion assez convaincante autour de cette demande, d'ailleurs j'en ai toujours besoin.
J'ai entendu dire qu' " En l'absence de preuve, toute certitude est bannie". J'en déduis qu'en l'absence de preuve, folie est bannie.
Voila ce qui est sagement dit, et ce que je viens d'écrire n'engage que ma personne de psy.
A vos claviers donc ! Que quelqu'un me prouve qu'il n'est pas fou!